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GRAND SALON de la MICRO-EDITION #2 14 & 15 mai 2011 GRRRND ZERO Gerland organisé par : Charles Papier, Géraud, Barbapop, Guillaume Soulatges, Ubik, Stéréotype, Nelio, Madame Lapin, JM Bertoyas, Marie-Luce Schaller, et Clemence. contact : grrrandsalon[at]gmail.com ![]() Il y a longtemps, dans la Vallée des Rois, Egypte - chaude et belle Egypte ! - des hommes creusèrent un vaste puits, en vue de mettre à jour une hypothétique nappe phréatique. On combla cet échec des détritus du proche village d'artisans de Deir El Médineh (1). Le site fut exploré dès les années 1950, c'est-à-dire presque 3000 ans après les faits. On y découvrit toute une littérature, mémoire d'un peuple aux préoccupations bien éloignées de l'histoire officielle gravée dans le marbre des temples. Le quotidien des villageois fut mis en lumière grâce à de nombreux papyrus et ostraca conservés dans le sable. Ils racontent les croyances populaires, de la poésie, sont figurées des scènes érotiques, des caricatures (2), de la contestation aussi, comme un incroyable papyrus administratif à propos de la plus ancienne grève connue 1000 ans avant notre ère ! De tout temps, des documents épars témoignent que l'ordre, la religion et les pouvoirs furent raillés, que l'on fête souvent dans l'ivresse, la danse et le sexe, la joie fugace d'être au monde. Par exemple, les pasquinades romaines, pamphlets déposés de nuit par d'anonymes contestataires, les graffitis éphémères partout répandus, les hilarantes caricatures du pape laissées par le Bernin (3) ou plus proche de nous, les folhetos brésiliens.... Et la micro-édition dans tout ça ? Comment la définir ? Un témoignage du temps présent ? Pas sûr ! Les fanzines existent depuis 50 ans... et ne sont pas seulement l'apanage d'une certaine contestation, vu la multiplication de feuillets à vertu décorative... Un petit éditeur qui s'endette à concevoir un beau livre ? Non plus... La fabrication reste souvent sommaire (4). Fred Deux et Cécile Rheims ne sont-ils pas des géants du micro... sûrement et pourtant... J'ai de mon côté quelques bribes de réponses, pistes de sioux qui ne tiennent qu'à moi. La micro-édition, le fanzinat, l'opuscule photocopié est habité d’une certaine modestie (5) de moyens, d'assemblage, de diffusion, privilégiant d’autres réseaux, plus humains, rarement subventionnés, quelquefois rageurs ou mieux à prix libre, emballés dans une économie informelle non imposable et brassant des sommes dérisoires, remboursant les frais d'impression. Travail de passionnés, paluches noircies à la nécessaire nécessité du faire. La micro-édition est portée par les "sub-cultures", la SF, la contestation de droite comme de gauche (6), les libertés sexuelles venues des années 70, les mouvements hippie, provo, punk (7), le graphzine échappé des années 80, le mail art fauché. Un plaquage au réel peu archivé, fertilisant une conscience et pourtant imbibé de la pisse des chiottes obscures de l'Histoire. Un goût prononcé pour le collectif, l'invitation, l'échangisme imprimé. Et pourtant, est-il encore possible aujourd'hui alors que nous sommes écrasés d'informations, d'images, de suffisances, d'articuler quoi que ce soit de pertinent, ou de simplement drôle... S'il s'agit de voguer hors des mass média, tant mieux. Si c’est pour gober la farce de la nouveauté, de la mode (frigide et toujours normative) ou de la transgression facile(8) tant pis. La consommation culturelle est si pénible : "jouir sans entrave" seul, devant l'infini miroir d'éphémères et "indispensables" génies marchands (9). Non, si tout va bien, il y aura un sous-bois moussu et fécond, odorantes impressions, feuilles brillantes, nourricières, humus, chaos, lichens et nous, bestioles rassasiées à la source de noires encres productives. Jésus Mohamed Bertoyas
1 “Les artistes de Pharaon” Paris, Musée du Louvre, 2002.
2 Caricatures réalisées dans la tradition des scènes inversées : le singe remplace un dieu, les hommes sont menés par les animaux, etc ... |